[24/01/2020]    

L’éditorial: Le sirop Flagyl de ma fille était-il un faux ?



Le sirop Flagyl que j’ai donné à ma fille était-il un faux ? Victime d’une diarrhée douloureuse, le médecin a prescrit à ma fille un sirop Flagyl. Un traitement à prendre pour lutter contre ce mal qui fait tordre ma petite fille de douleurs atroces.
Si le médicament prescrit contre la fièvre avait fait son effet en calmant la fièvre, le Flagyl qui était la principale molécule pour lutter réellement contre la maladie n’a été d’aucun secours à la petite fille. La diarrhée et les douleurs aiguës ont continué à tenailler la petite de deux ans et demi.
Son médecin, étonné, nous renvoie chercher la même molécule avec son ancien nom. Pense-t-il que les trafiquants des médicaments peuvent ne pas utiliser ce nom pour leur sale besogne ? Avec ce nom, d’origine, comme ils disent, le pharmacien nous propose le Flagyl prétextant que c’est la même chose et que sous cette ancienne appellation de la molécule, il est impossible de trouver le médicament.
Dans la grande ville de Nouakchott, on nous indiqua une pharmacie où on pouvait trouver du Flagyl et qui pourrait être «du bon». Le même sirop, payé à ladite pharmacie, a fait que, deux jours plus tard, l’enfant avait fini avec son mal.
Les faits se sont passés il y a plusieurs mois. J’y reviens car, sans le dire, je sens un fardeau qui pèse sur moi ; et relater les faits pourrait peut être, une fois encore, aider le secteur de santé de s’améliorer...
De cette expérience personnelle et après notre enquête sur le trafic des faux médicaments, il m’est une fois encore permis de se poser beaucoup des questions relatives à la santé de nos populations et l’effet des médicaments sans principes actifs de nature à lutter contre le mal pour lequel ce médicament a été prescrit. Combien des patients étaient, sont ou même seront dans la même situation que ma fille ? Dieu sait que la liste des victimes sans voix ni voies est longue.
Comme je n’ai pu me faire analyser le contenu de la bouteille (Flagyl de ma fille), j’ai soumis le problème à certains spécialistes. Tous, unanimement, reconnaissent l’existence de faux médicaments dans le marché mais ont aussi surtout insisté sur les règles de la chaine de conservation des médicaments qui ne sont pas toujours bien respectées. Alors, le doute est permis. Notre sirop pourrait être bon mais mal conservé, d’où la perte de sa capacité thérapeutique.
On en déduit que le patient mauritanien est confronté à deux maux : le faux médicament et l’état de nos pharmacies (lieux de conservation et de vente des médicaments). S’il est difficile de surveiller et contrôler les médicaments en circulation dans le marché, il est connu de tous que nos pharmacies n’excellent pas dans les règles de la gestion de ces produits vitaux pour la santé des populations. Et le faux médicament n’est pas détectable à l’œil.
Et c’est connu, ici et là en Mauritanie, les pharmacies foisonnent et font la concurrence aux boulangeries, en nombre croissant, dans une étendue géographie donnée de la ville.
Mieux, il ressort de notre enquête en 2014 (sous la supervision de Médiapart) que note pays, peuplé d’environ 4 millions d’habitants, compte plus de 700 pharmacies, dont 29 grossistes alors que le Sénégal, 4 fois plus peuplé que la Mauritanie, ne compte que 6 grossistes environ. On dénombre 5 grossistes en Côte d’Ivoire peuplée de plus de 19 millions d’habitants et 6 grossistes au Mali pour plus de 14 millions d’habitants.
Un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), publié en Juin 2011 sur le secteur de la pharmacie en Mauritanie, souligne que 29 grossistes est «un chiffre exorbitant pour un pays de 3 millions d’habitants, alors que, par exemple, les pays européens avec plus de 50 millions d’habitants en disposent en général de 5 à 10 au maximum».
Si des efforts ont été consentis dans le secteur de la santé, beaucoup reste à faire. Dans un pays où tout s’achète et se vend, où tout est commerce ou commerçant, le règne de la moralité n’est pas une chose évidente. Cette situation de chaos « commercial » affecte grandement et gravement la Mauritanie. Avec la déliquescence de l’Etat et l’irresponsabilité des citoyens, le secteur de la santé n’est pas en reste.
Devant cette autre criminalité, le Mauritanien reste fataliste.
Cependant, la vie étant sacrée, on doit exiger le minimum de conditions sanitaires.

Camara Seydi Moussa

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