[25/09/2017]    

Mauritanie : Système judiciaire pour tous ou politique de deux poids deux mesures ?



Le cas récent de la jeune femme égorgée froidement par son "mari", l’envoyant elle et l’enfant qu’elle attendait, à la mort de la façon la plus atroce et ce, ironie du sort, à un moment où elle s’apprêtait à donner la vie ; nous rappelle brutalement l'absence flagrante de loi protégeant les femmes contre les violences et crimes dont elles sont exposées et à l’impunité chronique dont jouissent leurs bourreaux.

En effet, à défaut d’un système de justice basé sur l’égalité des droits, calqué sur les normes internationales des droits de l’homme notamment la Convention sur l'Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDAW), le phénomène des violences basées sur le genre (les violences conjugales, le viol, l’abus, la traite des personnes, le mariage précoce, les Mutilations Génitales Féminines, la torture, le crime, le harcèlement sexuel, et autres discriminations basées sur l’appartenance sexuelles) continuera à faire ravage en Mauritanie.

Pour y mettre fin le chemin est long, et il est semé d’embuches, vue les préjugés et tabous sociaux qui entourent le problème, la résistance farouche des religieux conjugués avec la complicité à peine masquée des détenteurs d’obligations, des intellectuels et des femmes de la sphère des décisions.

En cas de crime dont la victime est une femme, toutes ses forces se rangent du côté du criminel. Ceux qui ne disent laissent faire pendant que les autres justifient l’acte barbare par des prétextes du genre : crime passionnel, il n’a eu que ce qu’elle mérite, c’est une femme adultère, etc…

Les faux semblants qui caractérisent notre société en sont les principales causes. Il y a la pauvreté des femmes, le mariage arrangé, mariage précoce et/ou forcé, etc... Et l’homme qui croit ou plutôt fait semblant de croire qu’il a fondé une famille dont la stabilité ne dépendrait que de sa seule volonté, d’autant plus qu’avec les nouvelles technologies de l’information, la répudiation il la fait tout simplement par texto téléphonique. Ce genre de couple est-il vraiment fait pour s’entendre ?

Au contraire ils sont dépourvus de tout ce qui contribue à la durabilité et la stabilité dans un couple (l’appartenance à la même génération, le partage de valeurs comme le choix de son conjoint, l’intimité au sein du couple, la construction d’un avenir commun, etc…).

Dans un tel contexte les cas de crimes commis contre les femmes sont fréquents. Qui a oublié l’homme qui a roulé sa voiture sur le corps de son ex épouse devant les yeux ébahis de ses enfants ? Ces derniers en tout ne risquent pas de se défaire de ce cauchemar leurs vies durant !

Il est donc préoccupant que notre société, notre système judiciaire et nos hommes de loi puissent trouver des circonstances atténuantes à de tels crimes, appuyés, il faut dire par l’absence ne serait-ce que définition des concepts clés comme : "violence contre les femmes", "viol" et "discrimination".

Nous nous souvenons tous qu’au début de cette année 2017 le gouvernement mauritanien a soumis à l’approbation du parlement un projet de loi sur les VBG. Il fut adopté par le Sénat mais rejeter au niveau de l’assemblée nationale par un certain nombre de députés islamistes au nom d’on ne sait quel prétexte. Pourtant le texte dont les mérites sont tellement ventés, n’assure même pas aux femmes toute la protection à laquelle l’Etat partie aux engagements internationaux et régionaux, est lié.

D’autant savent que cette loi est décisive pour réduire la souffrance et l’injustice dont les femmes sont victimes et pour ainsi contribuer à l’instauration de l’Etat de droit et à la sécurité des citoyennes les plus vulnérables. Mais pour promouvoir son adoption, il faut les efforts soutenus de l’ensemble des acteurs y compris la société civile.

C’est ainsi que le blocage à l’Assemblée Nationale fut saisie comme une opportunité par les activistes mauritaniennes des droits des femmes. En effet, depuis le mois de mars elles se sont mobilisées, non pas pour remplacer le projet de loi en question mais tout simplement pour lui apporter des amendements afin qu’il puisse mieux répondre aux besoins juridiques des femmes en matière de prévention, de protection et de réparation.

Aujourd'hui, le texte révisé est prêt et ne demande qu’à être accepter par les autorités concernées.

L’ONG AMANE, au nom de toutes les activistes qui travaillent sur ce projet loi, lance cet appel aux responsables mauritaniens en charge de l’élaboration et de l’application des lois, pour qu'ils adoptent ce texte revu par une société civile spécialisée et ce d’autant plus qu’il ne contient aucune disposition anti-Charia, en hommage à ces deux victimes à savoir la jeune femme égorgée vive et l'enfant qu'elle portait en elle.

N'oublions pas qu'à défaut de loi bien ficelée, les justiciables continuent de payer cher, souvent au prix de leurs vies, l’absence de justice. Elles n'en peuvent plus de la politique judiciaire de deux poids deux mesures, insensible aux femmes et qui constitue une atteinte flagrante aux droits de l’homme des femmes et des enfants.

Tous ensembles pour mettre fin à toutes les formes de violence contre les femmes et les enfants en Mauritanie.

Sektou MOHAMED VALL

Présidente de l'ONG AMANE et du centre DAR ETHIGHA de prise en charge des VBG au Tagant

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