[02/01/2021]    

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (3ème Partie et fin), Par Mr Bocar Oumar BA



« Nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent ». Martin Luther King.

« Ceux qui aiment la paix doivent commencer à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre ». Martin Luther King

Ainsi donc disais-je à la fin de la deuxième partie de ma réflexion, que l’endogamie est ce qui renforce le mieux, tout en le pérennisant, le système des castes, ainsi que l’esprit féodal qui sous-tend son détournement social et politique.

En réalité, la question du mariage est centrale chez les Haalpulaar’en. Elle est la clé de voûte qui permet de maintenir intactes les deux institutions les plus conservatrices de notre société : le système des castes et le patriarcat. Car si le mariage préférentiel est un moyen efficace de contrôle du sang et du rang (donc de la reproduction de la logique des castes), il est avant tout un moyen efficace de contrôle de la femme et de sa mobilité dans la société (donc du maintien du patriarcat dans toute sa rigueur). Et le Haalpulaar’en, quelle que soit son extraction sociale, est éduqué dans le sens de ce conservatisme séculaire. Les personnes issues de castes dites inférieures elles-mêmes, qu’elles furent hommes ou femmes, et quel que soit par ailleurs leur degré d’engagement contre l’esprit féodal, auront tendance à vouloir maintenir une forme de prépotence sur la femme, sans forcément faire le lien que je tente d’établir plus haut avec le patriarcat et avec le système des castes…Les conséquences logiques à tirer d’un tel combat sont si douloureuses en termes de renonciation à des parcelles de pouvoir pour l’homme haalpulaar, qu’elles impliquent une grande rigueur avec soi-même d’abord.

Il n’aura donc pas échappé au lecteur que les injustices que je tente de dénoncer dans notre société Haalpulaar sont systémiques. Elles se maintiennent toutes en raison d’une vision globale de l’humain et de sa place parmi ses semblables. C’est donc une réforme en profondeur de la société qu’il faudrait, à l’image de celle que nous avons hélas ratée en 1776 avec Ceerno Sileymaani BAAL et Abdul Kader KAN. Que les descendants d’Almamys n’y voient aucune insulte, il ne s’agit là que d’une critique historique des politiques conduites. L’homme qui écrit ces lignes est lui-même un descendant direct de l’Almamy Moustapha BA de Hoore Foonde, et n’accepterait aucune insulte à sa mémoire, mais pour rien au monde ne tiendrait pour sacrée l’action à laquelle son nom est associé. La critique de notre société, même de ses géniales trouvailles, n’est pas une déconsidération des anciens, mais leur nécessairement dépassement.

Une fois que l’on a dit tout cela, que nous reste-t-il comme perspectives de solution? Quelles mesures pour le court-terme, et quelles mesures pour le long-terme ? Que répondre à ceux qui pensent qu’introduire ce débat est contre-productif, et aurait pour seul effet d’introduire des divisions dans la société Haalpulaar légitimement préoccupée par l’oppression qu’elle vit au plan national ?
Il est évident que la mentalité populaire que j’ai tenté de décrire tout au long de mon propos ne se combat pas seulement à coup de décrets et de lois. La détricoter suppose un travail de longue haleine. Mais la pire des postures serait que sous ce prétexte, nous ne le commencions pas dès aujourd’hui. L’attentisme qui caractérise certaines réactions consistant à sous-traiter au temps ce qui relève de la responsabilité des hommes contemporains, est une reculade devant l’Histoire. Il n’est pire arrogance que l’appel à la patience des dominants.

S’il appartient à chacun de prendre ses responsabilités face à l’Histoire, la responsabilité des cadres et intellectuels Haalpular’en issus de la féodalité me parait encore davantage engagée que celle des autres. Car la lutte des dominés elle, va de soi. Mais l’engagement des personnes issues de la féodalité, dans l’optique de réformer un système qui les privilégie, est le signe d’une société qui va plutôt bien. Commençons donc par là. Que chacun rejoigne ce combat nécessaire, au sens de la nécessité morale et historique, pour se reformer et reformer par là même notre société. Cela suppose d’abord d’accepter que ce débat est utile, et d’y apporter sa contribution. Rien n’oblige évidemment d’être d’accord sur tout, la seule éthique à tenir étant de ne pas s’opposer au principe sacro-saint de l’égalité des humains.

Parmi les mesures à court-terme pouvant être prises par l’Etat, garant par ailleurs de l’égalité des citoyens devant la loi, il y a celle qui consisterait à démocratiser la question du mariage. La puissance publique devra permettre que des règles dissuasives découragent ceux qui seraient tentés d’empêcher deux personnes qui s’aiment, de se marier hors considération de castes. Il faut que ceux qui en seraient empêchés à ce titre, puissent trouver un moyen de recours judiciaire. Mais cela suppose naturellement que les lois concernant la condition générale des femmes évoluent au même rythme ; car les deux questions sont intrinsèquement liées. Rien de ce point de vue n’est imaginable dans une société où la femme n’est pas reconnue souveraine dans ses choix. Vous aurez donc compris la révolution sociale et le courage politique que cela suppose…

Le même effort de démocratisation devra être fait sur la question foncière. Une réforme générale du foncier consistant dans l’esprit, à remettre les exploitants agricoles au centre de la propriété est nécessaire. Mais pour cela, il y a d’abord à renoncer à la politique d’expropriation actuelle qui consiste à déposséder les communautés villageoises au bénéfice des agro-business men du système. Et dans le même temps, au sein des communautés villageoises elles-mêmes, d’entreprendre une opération de réparation des injustices nées du Feccere Fuuta que nous avons évoquées dans les précédentes parties.

Il y a également à envisager des actions pour le long terme ; tant de la part de l’Etat et de la société civile, que de la part des simples citoyens que nous sommes. Du côté de l’Etat, l’éducation nationale, dans une démarche globale de faire émerger le citoyen de demain, devra faire l’objet d’une réforme de fond. Pour qu’elle aboutisse à ce que nous souhaitons, cette réforme devra être largement concertée. L’émergence de la citoyenneté moderne ne peut se passer de la question de l’égalité dans toutes ses déclinaisons : égalité des « races », des « castes », des genres, etc. Les mécanismes de production des injustices et des humiliations au sein de nos sociétés doivent être enseignés à nos enfants afin qu’ils s’en affranchissent. Seule une volonté politique réelle, affranchie de toute forme d’influence de nature conservatrice, notamment cléricale, peut conduire à de telles réformes.

Du côté de la société civile et des citoyens, il s’agit de nourrir courageusement un tel débat dans les différents médias de la société. Cela passe par tous les acteurs de notre quotidien (journalistes, artistes, intellectuels, religieux, etc.), et notamment par une jeunesse subversive, qui ose rêver et bousculer la société pour tenter de réaliser ses rêves. Une jeunesse qui ne rêve pas de justice sociale et de révolution est une jeunesse éteinte.

Et c’est peut-être finalement cela, et au-delà de tout, l’enjeu principal de notre débat de société : avons-nous encore une jeunesse suffisamment passionnée d’avenir pour ne pas se résoudre à singer machinalement ses ancêtres qu’elle a le droit d’aimer malgré tout ? Car comme j’ai pu le dire dès l’entame de mon propos, il est question dans ce débat de l’avenir de nos jeunes. Comment interpréter dès lors leur désintérêt manifeste pour cette question qui les concerne au premier plan ? Quel est notre rôle auprès d’eux afin qu’éclose une conscience de lutte ? Sans doute un autre débat…

©? Crédit source: post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224483080882926&id=1184398165
via soninkideejose

Mauritanie
Afrimac 2 s'investit pour booster l'entrepreunariat féminin


CULTURE

POLITIQUE

SOCIETE

ECONOMIE

SPORT

Image
Festival nomade culturel : hommage à feu Seymali O. Hemed Vall
Image
«Président intérimaire» : Macky Sall va-t-il confier le pouvoir à Amadou Mame Diop ?



Image
D'horribles révélations au procès des auteurs accusés du meurtre de Soufi Ould Cheibani
Image
Classement en Europe – L’iPhone dépasse Samsung : les chiffres du quatrième trimestre 2023 dévoilés
Image
Foot : Emir Abdou prolongé à la tête des Mourabitounes

INTERVIEWS

Image
Le Grand Entretien du Blog | En exclusivité avec le géoscientifique M. Aleyda TRAORE


La rubrique Grand Entretien du Blog - ecrit-ose.blog (Le GEB) marque son entrée en 2024 avec une prolifique interview accordée par un natif de la région du Guidimagha mauritanien. En la personne de monsieur Aleyda TRAORE, un Masterien expérimenté en Géosciences et Ressources qui travaille en France depuis quelques années. Nos vifs remerciements à lui pour sa disponibilité qui aboutit à cet entretien d’une belle pointure.


Image
Interview: Mohamed Maouloud, président de l’UFP

M. Mohamed Maouloud, président de l’Union des Forces du Progrès (UFP) : ‘’Sur les 10 points de l’accord avec le ministère de l’Intérieur, seul celui relatif à la CENI a été appliqué’’

Image
BURKINA FASO : POURQUOI LE PRÉSIDENT DAMIBA SE REND AU MALI ET EN CÔTE D’IVOIRE ?

Pour sa première visite à l’étranger depuis sa prise de pouvoir en janvier, le chef de l’État burkinabé, Paul-Henri Sandaogo Damiba, s’est rendu ce samedi au Mali avant de s’envoler lundi pour la Côte d’Ivoire. Au menu : coopération sécuritaire et réconciliation nationale, explique Windata Zongo, membre du Centre africain d’analyses et de recherches diplomatiques et stratégiques.

Image
Questions à Bakary Tandia à La Nouvelle Expression


Bakary Tandia, est de Kaedi et Djeol. Il réside actuellement à New York, aux USA. Il est le Co-fondateur d’Abolition Institute, une organisation de défense des droits de l’homme se focalisant sur l’éradication de l’esclavage. Dans ce cadre, cette organisation travaille en collaboration avec SOS Esclaves et IRA dont Mr Bakary coordonne l’action aux USA. Ce militant dans l’âme est aussi le Secrétaire Général de Muritani Min Jejitta, une organisation dont la mission est l’application de la justice transitionnelle pour une solution juste, satisfaisante et définitive à la question du « passif humanitaire ». Notre invité a d’autres chapeaux…

Image
«SUR LE TERRAIN, IL Y AVAIT DE VÉRITABLES GUERRIERS»
« Un match très compliqué, très stressant et difficile à préparer » : voilà la lecture que Aliou CISSE a du match barrage retour Sénégal-Egypte que son équipe en remporté hier, mardi, aux tirs aux buts après un score de un à zéro sur le terrain.

Image
Le Grand Entretien du BLOG SONINKIDÉES-J'OSE | Avec l’ingénieur informatique Sidi Camara, le concepteur de l’outil numérique Khrankompé


FAITS DIVERS

Image

Italie : Une mafia sénégalaise démantelée

Image

Un mystérieux assassinat résolu grâce au concours d’un opérateur téléphonique

Image

Dafort: Un crocodile interrompt la pêche et fait des blessés

Image

Elle ferme ses prisons par manque de prisonniers

Image

Avis de recherche : il s’appelle Oumar Séga Touré et a disparu depuis trois jours

Copyright © 2014 La Nouvelle Expression. Tous droits réservés.