[17/09/2026]    

L’éditorial de La Nouvelle Expression - Dialogue national : la chaise vide ne combat pas le pouvoir, elle lui laisse la table



Il faut cesser de confondre dialogue et capitulation.

S’asseoir à une table avec le pouvoir ne signifie pas lui donner raison. Cela signifie lui faire face, avec ses convictions, ses exigences et ses lignes rouges. Le dialogue n’est pas un cadeau fait au pouvoir. C’est un espace de confrontation politique. Le document préparatoire pose d’ailleurs un principe qui mérite d’être pris au mot : rien ne sera tabou.

Alors parlons.

Parlons de la Constitution, des libertés, des conditions de l’alternance, de la CENI, du découpage électoral, du financement des partis et de l’égalité entre les acteurs politiques. Si certaines règles doivent changer, qu’elles soient mises sur la table et que des réformes précises soient exigées.

Mais ne réduisons pas pour autant le destin de la Mauritanie à la prochaine présidentielle. Un pays n’est pas une urne. Une démocratie n’est pas seulement une compétition électorale. La Mauritanie doit aussi parler de justice, d’unité nationale, de cohésion sociale, du passif humanitaire, de l’esclavage et des ses séquelles, de la pauvreté, du chômage des jeunes, de l’éducation, de la santé, de la corruption, de la gouvernance et du développement. Mas aussi et surtout de la citoyenneté

Voilà pourquoi le dialogue est nécessaire. Parce qu’il permet de mettre sur la même table ce que le débat politique disperse depuis trop longtemps. Parce qu’il oblige chacun à sortir des slogans et à répondre sur le fond. Parce qu’il permet de transformer les revendications en exigences concrètes et de demander des engagements vérifiables. Et surtout parce qu’on ne peut pas réclamer une transformation du système tout en refusant d’être présent lorsque le système est discuté.

Participer ne signifie pas faire confiance. Il ne s’agit pas de croire le pouvoir. Il s’agit de le mettre à l’épreuve de ses propres paroles devant les mauritaniens et devant l’histoire, l’histoire d’un pays longtemps malmené. Il ne s’agit pas d’accepter les règles existantes. Il s’agit précisément de demander qu’elles changent. Il ne s’agit pas de renoncer à ses lignes rouges. Il s’agit de les poser devant tout le monde.

Bien sûr, un dialogue peut être vidé de son contenu. Il peut devenir un exercice de façade. Il peut produire des promesses sans lendemain. Mais la réponse à ce risque ne peut pas être le retrait systématique. La réponse, c’est la vigilance, la pression, la transparence et la capacité à dire non lorsque les engagements ne sont pas respectés.

Le boycott peut être une arme politique lorsqu’il intervient au terme d’une stratégie. Mais lorsqu’il devient un réflexe, il risque de transformer l’opposition en spectatrice de son propre combat.

La chaise vide peut permettre de protester. Elle ne permet pas de négocier. Elle ne permet pas de poser ses exigences. Elle ne permet pas de confronter le pouvoir à ses contradictions. Elle ne permet surtout pas de défendre ceux qui attendent des changements concrets. La politique n’est pas seulement l’art de dénoncer ce qui ne va pas. C’est aussi l’art de saisir les espaces où quelque chose peut être changé.

Alors, oui, il faut dialoguer.

Mais dialoguer debout. Dialoguer sans complaisance. Dialoguer avec des exigences précises, des garanties et des lignes rouges. Et si ces exigences sont rejetées, si les engagements sont bafoués ou si le dialogue devient une simple mise en scène, alors la rupture prendra tout son sens. Mais partir avant d’avoir parlé, c’est abandonner le terrain avant même d’avoir livré bataille.

Le dialogue ne doit donc être ni une caution du pouvoir, ni un renoncement de l’opposition. Il doit être un rapport de force. Car au fond, la question n’est pas de savoir qui s’assied à la table. La vraie question est : qui y va pour applaudir, et qui y va pour changer les règles ? La chaise vide fait du bruit.
La présence courageuse fait pression. Et l’Histoire, elle, se fait rarement dans les tribunes.

Camara Seydi Moussa

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