L´Actualité en direct
[20/10/2026]    

L'éditorial de La Nouvelle Expression - Troisième mandat: Ghazouani, le piège d'Abdelaziz et le serment qui oblige



Aziz a déjà vécu le scénario. Ceux qui réclamaient pour lui un troisième mandat ne sont pas tous restés ses fidèles : certains sont devenus ses adversaires les plus acharnés. Aujourd’hui, les mêmes ambitions agitent le débat autour de Ghazouani. Le président saura-t-il tirer la leçon de son prédécesseur, ou laissera-t-il les courtisans l’entraîner sur un terrain où les applaudissements d’aujourd’hui peuvent devenir les hostilités de demain ?

L’histoire politique mauritanienne devrait servir de mise en garde. Quand des soutiens réclament la prolongation d’un pouvoir, il faut se demander ce qui les motive : l’intérêt du pays ou celui de leur propre position ? Les fidélités affichées au sommet de l’État sont parfois aussi fragiles que les intérêts qui les entretiennent. Aziz en a fait l’expérience. Ghazouani ne peut prétendre ignorer cette leçon. Mais le problème est plus grave qu’une simple affaire de courtisans. Il touche à la parole présidentielle et à la Constitution.

L’article 28 dispose que le président de la République est rééligible une seule fois. L’article 29 précise le sens de son engagement : le président jure de ne pas prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une initiative susceptible de conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat et à son renouvellement. Selon la Constitution mauritanienne, cet engagement interdit au président de soutenir, directement ou indirectement, toute initiative visant à modifier les règles relatives à la durée de son mandat ou à son renouvellement. Le serment ne laisse donc pas le président libre de soutenir aujourd’hui ce qu’il s’est solennellement engagé à ne pas soutenir.

Voilà le cœur du débat. Il ne suffit pas d’invoquer la volonté de militants, les appels de responsables politiques ou une prétendue demande populaire pour évacuer la question constitutionnelle. Les partisans d’un troisième mandat peuvent exprimer leurs opinions ; mais la responsabilité du président est d’une autre nature. Ce qui importe, ce n’est pas seulement ce que ses soutiens réclament, c’est ce que lui-même décidera de soutenir ou d’entreprendre.

Un serment présidentiel n’est ni une formule de circonstance ni une promesse que l’on adapte aux rapports de force. Il est prononcé devant le Conseil constitutionnel, en présence des plus hautes institutions de la République. Il engage publiquement celui qui le prête. Si cette parole n’a plus de poids lorsque surgit la tentation de prolonger le pouvoir, alors que reste-t-il de la confiance dans les institutions ?

Le dialogue national ne doit pas devenir le paravent d’une bataille pour un mandat supplémentaire. La Mauritanie a des urgences autrement plus pressantes : l’école, la santé, l’emploi des jeunes, les inégalités, la justice et une meilleure redistribution des richesses. Le pays doit préparer son avenir, non se laisser enfermer dans les calculs de ceux qui veulent repousser indéfiniment la question de l’alternance.

Les citoyens sont fondés à interpeller les institutions et à demander que la Constitution soit respectée. La question mérite une réponse claire, pas des slogans ni des manœuvres : le serment présidentiel sera-t-il respecté dans son esprit et dans sa lettre ?

Monsieur le Président, l’expérience d’Aziz vous rappelle une vérité politique : ceux qui vous poussent à rester peuvent être les premiers à vous abandonner. Mais votre responsabilité dépasse même le sort de vos soutiens. Elle concerne la République, la parole donnée et l’avenir du pays.

La Mauritanie n’appartient à aucun homme. La Constitution n’est pas un obstacle que les ambitions doivent contourner, mais la règle qui protège la République contre la personnalisation du pouvoir. Ghazouani, le moment viendra où les applaudissements se tairont. Ce jour-là, il ne restera ni les courtisans ni les promesses de fidélité : il restera votre serment, votre bilan et la trace que vous aurez laissée dans l’histoire. C’est maintenant que se mesure le respect de la République — non dans les cérémonies, mais dans la capacité de chacun, à commencer par le président, à se soumettre aux règles qu’il a juré de défendre.

Camara Seydi Moussa

CULTURE

POLITIQUE

SOCIETE

ECONOMIE

SPORT

Image
JILSO 2026 : Paris au rythme de la langue soninké

Image
Tawassoul lance sa rentrée politique sous le signe des « trois non »
Image
À L’HONNEUR, MADAME COUMBA CAMARA, UNE FEMME ENGAGÉE POUR L’AUTONOMISATION DES FEMMES DU GUIDIMAKHA

Image
La Banque mondiale ment-elle à la Mauritanie ? Croissance… et sous-développement. Pr ELY Mustapha

Image
À SÉLIBABY, LE SPORT COMME REMPART CONTRE LA DROGUE ET LA DÉLINQUANCE JUVÉNILE

Établi en France, Ismail Cissé, fils de Dafort, lance un appel aux partenaires et aux bonnes volontés pour renforcer l’Académie de Sélibaby, qui accompagne déjà plus de 200 jeunes filles et garçons.