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À l’approche de l’échéance présidentielle de 2029, une question mérite d’être posée : Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani prépare-t-il réellement une alternance démocratique, ou cherche-t-il à préserver son influence sur le système politique au-delà de la fin de son mandat ?
Trois scénarios institutionnels peuvent être envisagés. Ils ne présentent ni les mêmes enjeux constitutionnels, ni les mêmes conséquences politiques, mais chacun pourrait, à des degrés différents, répondre à une logique de préservation du pouvoir et de maîtrise de la succession.
Premier scénario : renoncer définitivement à un troisième mandat et organiser une véritable alternance démocratique
Ce serait, de loin, le choix le plus conforme à l’esprit de la Constitution, à la stabilité institutionnelle et à la crédibilité démocratique du pays.
Il consisterait pour Ghazouani à écarter définitivement toute ambition de briguer un troisième mandat, à garantir l’indépendance des institutions électorales et à organiser un scrutin présidentiel transparent, libre de toute fraude, manipulation administrative ou instrumentalisation des moyens de l’État.
Dans cette hypothèse, le futur président serait désigné par les urnes, et non par les arrangements des cercles du pouvoir, les calculs des appareils politiques ou les rapports de force tribaux et régionaux.
Un tel choix permettrait à Ghazouani de sortir par la grande porte de l’histoire politique nationale, en donnant à son départ une véritable portée institutionnelle. Il consacrerait le principe selon lequel aucun homme, quelle que soit sa position, ne saurait se confondre durablement avec l’État.
Mais cette option suppose une exigence fondamentale : accepter que l’alternance puisse conduire à l’élection d’un successeur politiquement autonome, qui ne serait ni son obligé ni le simple dépositaire de ses intérêts.
La véritable épreuve de la démocratie ne réside pas dans la capacité d’un président à organiser sa succession, mais dans sa volonté de laisser les électeurs choisir librement celui qui lui succédera.
Deuxième scénario : briguer un troisième mandat en contournant les limites constitutionnelles
Ce serait le scénario de la continuité personnelle du pouvoir, au prix d’une crise constitutionnelle et politique majeure.
Il supposerait de trouver un mécanisme permettant de modifier, de neutraliser ou de contourner les dispositions constitutionnelles qui encadrent le nombre de mandats présidentiels. Une telle entreprise se heurterait à la question fondamentale de la légitimité : peut-on modifier les règles du jeu au moment où elles empêchent le titulaire du pouvoir de se maintenir en fonction ?
Même présentée sous couvert de réforme constitutionnelle, une telle démarche serait politiquement explosive si elle avait pour objectif de permettre au président en exercice de prolonger son règne au-delà des limites prévues par la Constitution.
Elle risquerait de raviver les tensions politiques, de fragiliser la confiance dans les institutions et de remettre en cause les acquis de la limitation des mandats. Elle pourrait également exacerber les divisions au sein de la majorité, de l’opposition et des forces sociales.
Un troisième mandat ne serait donc pas une simple question de candidature. Il constituerait un test décisif de la solidité de l’ordre constitutionnel mauritanien et de la capacité des institutions à résister aux ambitions individuelles.
La question est de savoir si Ghazouani serait disposé à assumer un tel risque, alors même qu’une sortie ordonnée du pouvoir pourrait lui offrir une autre voie pour préserver son héritage et son influence.
Troisième scénario : instaurer un régime parlementaire pour conserver une influence politique après 2029
C’est sans doute le scénario institutionnel le plus subtil sur le plan politique, mais aussi le plus complexe sur le plan constitutionnel.
Ghazouani pourrait chercher à soumettre aux Mauritaniens une réforme profonde du régime politique, éventuellement par référendum, afin de faire évoluer le système présidentiel actuel vers un régime parlementaire, ou vers une formule hybride accordant une place prépondérante au Parlement et au chef du gouvernement.
Dans une telle configuration, il pourrait, en théorie, devenir un président essentiellement honorifique, tandis que le parti majoritaire au Parlement désignerait en son sein un véritable chef du gouvernement, responsable de la conduite de la politique nationale.
Il faut toutefois distinguer deux choses : un régime parlementaire authentique, dans lequel le gouvernement tire sa légitimité de la majorité parlementaire et demeure responsable devant elle, et un simple réaménagement institutionnel destiné à prolonger l’influence du président sortant.
Dans un régime parlementaire véritable, le chef de l’État ne dirige pas personnellement l’action gouvernementale. Le chef du gouvernement exerce les responsabilités exécutives effectives, sous le contrôle du Parlement. Une telle transformation exigerait donc une refonte cohérente des institutions, et non un simple changement de titre.
Elle nécessiterait également de préciser les pouvoirs respectifs du président, du Parlement et du gouvernement, les modalités de nomination et de révocation du chef du gouvernement, ainsi que les mécanismes de responsabilité politique et de dissolution parlementaire.
Un référendum ne suffirait pas, à lui seul, à garantir la légitimité démocratique de la réforme. Encore faudrait-il que la consultation soit libre, transparente et précédée d’un véritable débat national.
Reste une question politique essentielle : une telle réforme répondrait-elle à une volonté sincère de moderniser les institutions mauritaniennes, ou constituerait-elle un moyen de contourner la limitation des mandats tout en conservant une place au sommet de l’État ?
Si Ghazouani choisissait cette voie, il pourrait théoriquement demeurer président dans un rôle essentiellement protocolaire pendant un autre quinquennat, tandis qu’un chef de gouvernement issu de la majorité parlementaire exercerait le pouvoir exécutif réel.
Mais cette hypothèse soulèverait une difficulté majeure : si le président conserve, en pratique, le contrôle du parti majoritaire, de l’appareil administratif et des équilibres politiques, le transfert du pouvoir pourrait n’être qu’apparent.
Changer la forme du régime ne suffit pas à changer la nature du pouvoir. Tout dépend des compétences réellement transférées, de l’autonomie du Parlement et de la capacité du chef du gouvernement à exercer ses fonctions sans tutelle présidentielle.
Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine : un possible retour dans le jeu institutionnel ?
C’est dans ce troisième scénario que pourrait s’inscrire l’hypothèse d’un retour de Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, ancien ministre de l’Intérieur et personnalité que l’on peut considérer, dans cette lecture politique, comme un alter ego de Ghazouani ou alors le énième maintien à ce poste de l’actuel premier ministre Mokhtar Ould Diay.
Si le président cherchait à réorganiser le pouvoir autour d’un exécutif parlementaire, il pourrait être tenté de faire appel à un homme expérimenté, connaissant les rouages de l’État, les rapports de force politiques et les mécanismes de gestion de la majorité.
Un tel choix pourrait répondre à une double logique : assurer la continuité de l’appareil d’État tout en permettant à Ghazouani de se retirer formellement de la conduite quotidienne des affaires sans renoncer nécessairement à toute influence.
Cependant, il serait prématuré de conclure qu’un tel retour est effectivement envisagé ou que Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine serait destiné à occuper la fonction de chef du gouvernement. Il s’agit, à ce stade, d’une hypothèse politique, non d’un fait établi.
Au fond, que cherche réellement Ghazouani ?
Les trois scénarios renvoient à une même interrogation : Ghazouani veut-il préparer l’alternance, prolonger personnellement son pouvoir ou réorganiser les institutions de manière à conserver une influence après son départ de la présidence ?
Le premier scénario consacrerait une rupture avec la personnalisation du pouvoir et ouvrirait la voie à une succession démocratique véritable.
Le deuxième exposerait le pays à une confrontation constitutionnelle dont les conséquences politiques pourraient être considérables.
Le troisième offrirait une autre possibilité : transformer les institutions tout en tentant de préserver une continuité politique. Mais sa crédibilité dépendrait de la sincérité de la réforme, de l’autonomie du Parlement et de la réalité du transfert des pouvoirs exécutifs
Source: Publication d’ICheikh sur facebook .