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Le président appelle la diaspora à investir en Mauritanie. L’intention est louable, le discours est séduisant et les invitations sont lancées avec beaucoup d’enthousiasme. Mais une question, pourtant élémentaire, mérite d’être posée : investir où, dans quelles conditions et avec quelles garanties ?
Car enfin, on ne peut pas demander aux Mauritaniens de l’extérieur de venir investir dans un pays où les pratiques administratives, économiques, sociales, juridiques et judiciaires semblent figées dans une autre époque.
Comment convaincre un investisseur de placer son argent dans un environnement où la corruption, les détournements de deniers publics, le favoritisme et les pratiques prédatrices donnent le sentiment d’être devenus des modes de fonctionnement ordinaires ?
Comment investir sereinement lorsque la justice, censée protéger les citoyens et les opérateurs économiques, demeure perçue comme dépendante du pouvoir exécutif ? Quelle garantie peut-on offrir à un entrepreneur lorsque ses droits peuvent devenir négociables au gré des rapports de force et des intérêts des puissants ?
Et puis, il y a cette autre particularité bien mauritanienne : les boutiquiers-banqui?ers qui tiennent les leviers de l’économie semblent avoir une peur bleue de la concurrence. Ils veulent bien accueillir les investisseurs, à condition que ceux-ci ne viennent surtout pas bouleverser leurs petits arrangements, leurs positions acquises et leurs monopoles confortables.
On a même vu, depuis des années, les difficultés rencontrées pour permettre à des hommes d’affaires soninkés de disposer de leur propre banque. À croire que le secteur bancaire est une propriété familiale dont certains auraient reçu les clés à la naissance !
La concurrence ? Très mauvaise idée ! L’ouverture du marché ? À éviter ! La diversification des acteurs économiques ? Attention, danger ! Il ne faudrait tout de même pas déranger ceux qui ont pris l’habitude de faire leurs affaires tranquillement, sans trop de concurrents.
Et voici maintenant la dernière trouvaille du système : appeler des Mauritaniens de la diaspora à investir dans un pays où ils ne maîtrisent parfois même pas la langue dans laquelle se déroulent les procédures administratives, les transactions et les relations avec certaines institutions.
On leur demande donc d’apporter leur argent, de prendre des risques, de créer des emplois et de contribuer au développement national, tout en évoluant dans un environnement dont les codes linguistiques, administratifs et économiques peuvent leur être étrangers.
C’est une conception assez originale de l’attractivité économique : on vous complique l’accès aux institutions, on vous ferme certaines portes, on vous expose à l’arbitraire, mais on vous déroule le tapis rouge lorsqu’il s’agit de récupérer votre argent !
Soyons sérieux : on ne construit pas une économie attractive avec des discours, des cérémonies officielles, des hôtels luxueux et des appels patriotiques.
Avant de solliciter les capitaux de la diaspora, il faudrait commencer par construire les conditions qui donnent envie d’investir :
* Une véritable sécurité juridique et judiciaire.
* Une justice indépendante, capable de protéger les investisseurs contre l’arbitraire.
* Une administration transparente, débarrassée de la corruption et du racket.
* Un système bancaire ouvert à la concurrence et accessible à tous les opérateurs, sans discrimination.
* Une égalité réelle devant les institutions et les opportunités économiques.
* Un environnement où la compétence, le mérite et l’initiative priment sur les appartenances, les relations et les protections politiques.
* Une politique linguistique inclusive permettant à tous les citoyens de participer pleinement à la vie économique et administrative.
La diaspora n’est pas un distributeur automatique de devises que l’on peut solliciter chaque fois que les caisses de l’État sont vides.
Elle n’a pas vocation à financer les privilèges d’une minorité, à enrichir des réseaux déjà bien installés ou à venir jouer les figurants dans une opération de communication gouvernementale.
Investir, c’est prendre un risque, certes. Mais ce risque doit être économique, pas judiciaire, administratif, politique ou mafieux !
En réalité, le message envoyé à une partie de la diaspora ressemble parfois à ceci : « Nous ne sommes pas forcément prêts à vous donner votre place dans la gestion du pays, à vous garantir les mêmes droits ou à vous ouvrir les mêmes portes, mais pour votre argent, soyez les bienvenus ! »
En somme, on ne veut pas nécessairement de vous dans le système, mais votre argent, lui, est chaleureusement attendu.
Avant de demander à la diaspora d’investir en Mauritanie, que le pouvoir commence donc par investir dans la justice, la transparence, l’égalité et la confiance.
Car un pays qui ne garantit pas les droits de ses propres citoyens aura beaucoup de mal à garantir les capitaux de ceux qui vivent à l’étranger.
Et pour finir, un petit conseil au gouvernement : avant de faire venir les investisseurs, commencez par faire fuir la corruption. Vous verrez, le climat des affaires changera peut-être plus vite que le climat politique ….. Wetov
Sy Mamadou