[17/09/2026]    

LE « RACISME LÉGISLATIF » : QUAND LA FRATERNITÉ S’ARRÊTE À LA PORTE DE L’ASSEMBLÉE



En Mauritanie, on nous répète à longueur de discours : « Les Hratines sont nos frères. »
Très bien. Mais une question toute simple mérite d’être posée : où sont-ils lorsqu’il faut réellement représenter le peuple dans les institutions ?

Prenons le Hodh Charghi. Cette région est souvent présentée comme un bastion du pouvoir traditionnel, où le poids du tribalisme, des hiérarchies sociales et des réseaux de notables continue de peser lourdement sur la vie politique.

Et là apparaît une contradiction qui devrait interpeller tout citoyen : comment peut-on parler d’égalité politique lorsque certaines populations sont systématiquement renvoyées à leur statut de clientèle électorale plutôt qu’à celui de citoyens capables de porter une représentation autonome ?

À l’approche des élections, les anciennes hiérarchies savent parfaitement retrouver leurs « frères ». On ressort les liens tribaux, les fidélités historiques, les promesses et les mécanismes de dépendance. La vieille recette fonctionne toujours : on transforme le citoyen en électeur captif, puis l’électeur en clientèle politique.

Et après le scrutin ?
On remet la fraternité au placard jusqu’aux prochaines élections.
Il Le plus cynique dans cette mécanique, c’est qu’on peut proclamer publiquement l’égalité entre les Mauritaniens tout en maintenant, dans les faits, des systèmes de représentation qui reproduisent les rapports de domination.

La fraternité politique qui n’existe que pendant la campagne électorale n’est pas une fraternité : c’est une stratégie électorale.
Et lorsqu’une communauté historiquement marginalisée se retrouve insuffisamment représentée dans les lieux où se votent les lois qui déterminent son avenir, il ne suffit pas de lui dire :
« Vous êtes nos frères. »

Il faut pouvoir lui répondre à une question beaucoup plus embarrassante : « Si nous sommes vraiment vos frères, pourquoi notre voix est-elle toujours aussi difficile à entendre là où se fabrique la loi ? »

Le problème n’est donc pas seulement le nombre de députés issus de telle ou telle communauté. Le véritable problème est celui du mode de fabrication de la représentation politique : qui contrôle les candidatures ? Qui dispose des réseaux ? Qui possède les moyens financiers ? Qui bénéficie du poids tribal ? Et surtout, qui transforme ces avantages sociaux en pouvoir institutionnel ?

Tant que ces questions resteront soigneusement évitées, on continuera à nous servir le même théâtre : égalité dans les discours, hiérarchie dans les pratiques ; fraternité dans les slogans, dépendance dans les urnes. Et pendant ce temps, certains continueront à expliquer aux Hratines qu’ils sont leurs « frères ».

Des frères suffisamment proches pour voter ensemble, mais apparemment pas suffisamment libres pour décider eux-mêmes de leur représentation. Voilà le paradoxe mauritanien : on réclame l’unité du peuple tout en conservant les mécanismes qui empêchent ce peuple de devenir réellement un corps politique égalitaire.

Le véritable enjeu n’est donc pas de remplacer une clientèle par une autre. C’est de sortir définitivement de la politique des maîtres, des obligés et des clientèles pour construire une citoyenneté où personne n’a besoin de la permission d’un chef de tribu pour devenir député.

Sinon, continuons à répéter :
« Nous sommes tous frères. »
Mais de grâce, qu’on nous explique pourquoi, dans cette grande famille, certains ont toujours les clés de la maison et d’autres sont convoqués uniquement lorsqu’il faut remplir la salle…..Wetov

SY MAMADOU

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