[11/10/2017]    

Scolarisation des filles : les pays où il fait moins bon être écolière



Neuf des dix pays où l’accès des filles à l’éducation est le plus difficile sont sur le continent africain, révèle un classement de l'ONG ONE publié à la veille de la «Journée internationale de la fille» mercredi.

Scolarisation des filles : les pays où il fait moins bon être écolière
Elles doivent effectuer de longs trajets, souvent dangereux, pour pouvoir se rendre en classe. D’autres manquent d’enseignants formés, de manuels ou de matériel scolaires. Certaines enfin, ne sont jamais allées à l’école. L’organisation non gouvernementale ONE publie ce mardi la liste des dix pays où les jeunes filles ont le moins accès à l’éducation dans le monde, selon l’Unesco. Intitulé «Accès des filles à l’éducation dans le monde : les mauvais élèves», ce nouveau classement a été conçu par l’ONG cofondée par Bono à l’occasion de la 6e Journée internationale de la fille, ce mercredi 11 octobre. Cette journée, instaurée par l’ONU Femmes, vise notamment à mettre en lumière les inégalités dont les jeunes filles sont victimes, notamment en matière d’éducation : plus de 130 millions d’entre elles ne vont pas à l’école, selon l’Unesco.

Pour concevoir ce classement, ONE a sélectionné 11 indicateurs, et utilisé principalement des données de l’Institut de statistique de l’Unesco : taux de filles non scolarisées, nombre moyen d’années de scolarisation, taux d’alphabétisation des jeunes femmes, nombre d’élèves par enseignant en primaire, dépenses d’éducation… Chaque pays s’est vu attribuer un score sur 100, des scores les plus bas indiquant de mauvais résultats. Sans surprise, les dix Etats où les filles rencontrent le plus de difficultés à être scolarisées font partie des plus pauvres au monde. Neuf de ces dix pays, à l’exception de l’Afghanistan, sont situés en Afrique. Il s’agit du Soudan du sud (le pays qui enregistre la moins bonne performance), de la Centrafrique, du Niger, du Tchad, du Mali, de la Guinée, du Burkina Faso, du Liberia et de l’Ethiopie.

De fortes disparités régionales notamment au Nigeria
Ces pays figurent dans le classement en raison de la faible scolarisation primaire ou secondaire, du manque d’enseignants, des disparités filles/garçons ou encore du faible taux d’alphabétisation des filles. Le rapport donne les chiffres les plus marquants pour chaque pays. Ainsi, en Guinée, les femmes de 25 ans et plus ont fréquenté l’école en moyenne moins d’un an. En Centrafrique, on ne compte qu’un enseignant pour 80 élèves (contre 1 pour 12 aux Pays-Bas). En Afghanistan, 71 filles étaient scolarisées dans le primaire pour 100 garçons en 2014, la plus forte différence filles-garçons du monde. Au Soudan du sud, le pays où la situation est la plus critique, seulement une fille sur 4 va à l’école primaire et seulement 2,6 % du budget national est alloué à l’éducation.

La situation dans le reste du continent africain est également préoccupante, met en garde le rapport : aucun pays africain «ne figure en effet parmi les 25 % des pays affichant les meilleurs résultats en matière d’éducation. Et seulement quatre pays d’Afrique font partie des 50% des pays affichant les meilleurs résultats», peut-on lire. Le rapport met aussi en évidence de fortes disparités régionales dans certains pays. Ainsi, l’accès à l’éducation est bien plus difficile dans la région du Nord-Est du Nigeria (pays qui figure à la 27e place du classement). Des centaines d’écoles ont été détruites ou fermées sous l’influence du groupe jihadiste Boko Haram, et plus de la moitié des filles de la région n’ont jamais été scolarisées.

Faute de données pour certains pays, le classement a été réalisé sur 122 des 193 Etats membres de l’Onu. La Somalie et la Syrie sont ainsi absents du classement, mais aussi l’Allemagne, le Canada ou la France - probablement car les taux de non-scolarisation sont si faibles dans ces pays développés qu’ils ne sont pas forcément mesurés, présume l’ONG. Cette dernière note aussi l’absence de certains chiffres, comme le nombre de fillettes qui terminent l’école primaire au Sri Lanka, ou le montant des dépenses dédiées à l’éducation en Haïti.

Des répercussions sur le taux de pauvreté et la santé des femmes
L’accès des filles à l’éducation est un levier clé pour lutter contre la pauvreté, souligne le rapport. Plusieurs études ont en effet montré les répercussions positives de l’alphabétisation féminine sur le taux de pauvreté, la santé, la mortalité infantile ou encore les mariages précoces. Plus le niveau d’instruction d’une jeune femme est élevé, moins elle risque de se marier ou d’avoir des enfants très jeune. Un phénomène qui affecte particulièrement les pays du classement réalisé par ONE : plus de la moitié des filles vivant dans ces 10 pays se marie avant ses 18 ans, selon l’Unicef. En Ethiopie, près d’une sur 5 se marie avant l’âge de 15 ans. Un enseignement primaire et secondaire de qualité pour les filles participe au développement de l’économie locale et mondiale, insiste l’ONG, qui estime qu’à l’échelle mondiale, la réduction des inégalités filles-garçons en matière d’accès à l’éducation pourrait rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars (entre 95 et 129 milliards d’euros) chaque année aux pays en développement.

Comment améliorer cet accès ? L’argent reste le nerf de la guerre, si l’on en croit le rapport. L’ONG appelle «les gouvernements à tout mettre en œuvre pour affecter 20 % des budgets nationaux à l’éducation», un objectif proposé par le Partenariat mondial pour l’éducation (PME), l’un des principaux mécanismes de financement de l’éducation (interlude people : Rihanna en est l’ambassadrice mondiale). Pour l’instant, cet objectif est atteint par seulement deux des dix pays du classement. Le rapport attire aussi l’attention sur l’importance de la mise en place de politiques publiques dans les pays concernés, afin de «lutter contre tous les obstacles qui entravent l’accès des filles à l’éducation», par exemple en favorisant l’accès à internet à l’école ou en embauchant des des enseignants. La France a aussi son rôle à jouer et doit «montrer l’exemple pour que toutes les filles du monde aient accès à l’éducation», plaide Friederike Röder, directrice France de ONE. Paris co-présidera avec Dakar la prochaine conférence de financement du Partenariat mondial pour l’éducation, qui se tiendra en février 2018 dans la capitale du Sénégal. La France, qui contribue au programme depuis 2005, doit davantage mettre la main au portefeuille : l’ONG appelle le gouvernement français à contribuer à hauteur de 300 millions de dollars (environ 250 millions d’euros) pour la période 2018-2020. Selon l’ONG, cette somme permettrait notamment à près de 4 millions d’enfants supplémentaires de terminer l’école primaire et le collège, et pourrait financer la formation de 255 000 enseignants ainsi que la distribution de 30 millions de manuels scolaires. La demande semble cependant très ambitieuse, Paris ayant versé 8 millions d’euros sur l’année 2016.

Juliette Deborde
liberation.fr

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