[14/11/2025]    

Souleyman Haggar démonte le mythe des ressources naturelles : un pays ne se développe pas avec son sous-sol, mais avec ses élites



L’analyse de Souleyman Haggar, économiste reconnu et ancien président de la Cour des comptes, va bien au-delà d’un simple commentaire : c’est un véritable réquisitoire intellectuel contre la paresse stratégique qui gangrène la gouvernance tchadienne. Dans un pays où les dirigeants agitent sans cesse l’excuse des « ressources insuffisantes » pour masquer leurs échecs, Haggar rappelle une réalité économique universelle : ce ne sont pas les minerais, ni le pétrole, ni l’or qui développent une nation, mais la qualité de son administration, la compétence de ses cadres, la cohérence de sa vision et la discipline de ses politiques publiques.

Son propos réhabilite des modèles trop rarement évoqués au Tchad : Singapour, Taïwan, la Corée du Sud, la Malaisie. Ces pays, surnommés les « dragons d’Asie », ne disposent pratiquement d’aucune ressource naturelle exportable. Pourtant, ils figurent aujourd’hui parmi les nations les plus prospères de la planète. Leur secret n’a rien de mystique : ils ont investi massivement dans l’éducation, la technologie, la formation, la recherche, et surtout dans la construction d’administrations capables de penser, anticiper, planifier et corriger. Ils ont construit des États stratèges ou l’efficacité n’est pas un slogan, mais une obligation.

Haggar évoque également les monarchies du Golfe, riches en hydrocarbures mais incapables de produire une économie fondée sur l’innovation. Malgré des infrastructures monumentales, des gratte-ciels interminables et des investissements immobiliers colossaux, ces pays n’ont pas généré de dynamique de créativité propre, faute d’avoir misé sur le développement réel des capacités humaines. Cette comparaison est loin d’être fortuite : elle renvoie directement au modèle tchadien où la rente pétrolière a produit des élites administratives peu formées, dépendantes des clans et dépourvues d’autonomie intellectuelle.

Le cœur de sa critique réside dans cette phrase implicite mais centrale : un pays dirigé par des personnes qui ne savent pas décider, ou qui décident pour préserver un système, ne peut pas se développer. Le Tchad ne manque pas de ressources ; il manque de décideurs capables. Et une administration publique affaiblie par l’alignement politique, les promotions de complaisance et les réseaux familiaux peut difficilement produire les réformes nécessaires. Résultat : incapacité à transformer les matières premières, dépendance chronique aux importations, fuite des talents, absence de vision industrielle, improvisation budgétaire et politiques publiques guidées par l’urgence plutôt que par la stratégie.

En filigrane, Haggar pose un diagnostic sévère : tant que le pays refusera de confier les leviers de décision à des personnes formées, compétentes, stables et indépendantes, aucune manne minière ou pétrolière ne suffira à sortir le Tchad du piège du sous-développement. Les dragons d’Asie n’ont pas réussi grâce aux miracles, mais grâce à des choix. Le Tchad échoue non par manque de chance, mais par absence de volonté politique de construire un État capable.

Si cette réflexion dérange, c’est qu’elle expose le mensonge fondamental entretenu par le régime : prétendre que les difficultés du pays viennent du manque de ressources, alors qu’elles viennent du manque de compétences dans la conduite des affaires publiques. Un pays ne devient pas riche parce qu’il possède de l’or ou du pétrole. Il devient riche parce qu’il possède des dirigeants qui savent quoi en faire.

Correspondance particulière TchadOne – N’Djamena

CULTURE

POLITIQUE

SOCIETE

ECONOMIE

SPORT

Image
Paris – 25 septembre 2025 | Place Ganda Fadiga inaugurée dans le 18ème arrondissement.
Image
Cohésion nationale en Mauritanie : la question linguistique, l’angle mort du débat
Image
Le Parti El Insaf présente ses condoléances après le décès d’Abdel Aziz Ould Eleya (communiqué)
Image
Plus de 7 millions de dollars pour financer un projet transfrontalier tripartite Mauritanie-Sénégal et Mali pour la gestion des ressources en eau
Image
Football ~ Sénégal | CAN 2025 | M. Pape Thiaw ? : l’homme « droit » face à la RUSE