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La Mauritanie peut-elle mobiliser toute sa diplomatie pour conquérir le secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et, dans le même temps, laisser une décision ministérielle brouiller le message qu’elle adresse à ses partenaires ? C’est la question que soulève la circulaire du ministre de la Culture, Mohamed Ould Babana, imposant l’usage de l’arabe dans les documents administratifs adressés à son cabinet.
Le problème n’est pas la promotion de l’arabe, langue officielle du pays. Il réside dans le caractère exclusif de la mesure, son calendrier et le contexte diplomatique dans lequel elle intervient. Alors que la Mauritanie sollicite le soutien des États membres de l’OIF à la candidature de Coumba Bâ, cette initiative risque de compliquer le travail de persuasion engagé par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, avec l’appui du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Au moment où la diplomatie construit des alliances, une décision intérieure ne devrait pas fournir de nouveaux arguments à ceux qui pourraient douter de l’ouverture du pays.
Ould Merzoug : l’expérience au service de l’ambition nationale
La reconduction de Mohamed Salem Ould Merzoug à la tête du ministère des Affaires étrangères n’est pas un détail dans cette séquence. Son expérience des dossiers diplomatiques, sa connaissance des relations internationales et sa continuité à la tête de ce département constituent des atouts pour conduire une campagne qui exige patience, méthode et capacité de négociation.
Le chef de la diplomatie mauritanienne porte une ambition qui dépasse sa propre personne : renforcer la place de son pays dans les institutions internationales. La mobilisation en faveur de Coumba Bâ à l’OIF exige de convaincre des partenaires aux intérêts et aux sensibilités différents, de consolider des soutiens et de défendre la crédibilité de la candidature mauritanienne.
Cette entreprise s’inscrit dans une politique de rayonnement international soutenue par le chef de l’État. Elle mérite d’être jugée sur les résultats obtenus, mais aussi sur les moyens diplomatiques mobilisés et la capacité du pays à maintenir un discours lisible auprès de ses partenaires.
Les succès diplomatiques peuvent susciter de la fierté nationale. Ils peuvent aussi, dans certains contextes, raviver des résistances et des discours hostiles, y compris racistes, contre les responsables qui incarnent ces réussites. Il serait toutefois hasardeux d’attribuer la circulaire du ministre de la Culture à de telles motivations sans éléments probants. La critique doit porter sur les faits, les effets possibles de la décision et la responsabilité des autorités.
Une circulaire qui brouille le message adressé à la Francophonie
La circulaire du 20 octobre 2026 concerne les lettres, notes, rapports et documents adressés au cabinet du ministre. Elle ne s’applique donc pas, selon le texte rapporté, à l’ensemble de l’administration publique. Cette précision est importante, mais elle ne fait pas disparaître la question politique.
Pourquoi imposer une exclusivité linguistique dans un ministère chargé précisément de la culture, de la communication et des relations avec le Parlement, alors que la Mauritanie cherche à convaincre l’espace francophone de soutenir sa candidate ?
L’arabe doit naturellement occuper sa place constitutionnelle. Mais la défense de cette langue n’oblige pas à envoyer un signal susceptible d’être interprété comme une prise de distance envers les autres espaces linguistiques et culturels auxquels appartient le pays.
La Mauritanie est arabe et africaine. Le pulaar, le soninké et le wolof sont également reconnus comme langues nationales par la Constitution. Cette pluralité est une réalité nationale, mais aussi un atout pour une diplomatie qui entend dialoguer avec plusieurs régions du monde.
La candidature de Coumba Bâ ne se joue évidemment pas sur une seule circulaire. Elle dépend de nombreux facteurs diplomatiques et du choix des États membres. Mais lorsqu’un pays sollicite des soutiens, il doit veiller à ne pas brouiller inutilement son message. La perception compte dans les relations internationales, et une décision administrative peut prendre une dimension symbolique que son auteur n’avait pas nécessairement anticipée.
Monsieur le ministre, ne fragilisez pas ce que le pays s’efforce de construire
Mohamed Ould Babana doit clarifier les objectifs de sa circulaire et réexaminer la nécessité d’en imposer le caractère exclusif. Promouvoir l’arabe est une orientation légitime ; faire de cette promotion un facteur de crispation ou une source de confusion diplomatique serait contre-productif.
Le ministre de la Culture n’a pas à mener la campagne de l’OIF à la place de son collègue des Affaires étrangères. Il doit, en revanche, éviter que les décisions de son département compliquent une entreprise diplomatique d’intérêt national.
La reconduction d’Ould Merzoug traduit la confiance accordée à un responsable dont l’expérience peut servir la continuité de l’action extérieure. Cette responsabilité ne doit pas reposer sur lui seul : elle engage l’ensemble du gouvernement et exige le soutien effectif du chef de l’État.
L’OCI et l’OIF ne sont pas des ambitions contradictoires. La Mauritanie peut renforcer son ancrage dans le monde islamique tout en affirmant sa place dans l’espace francophone. C’est même sa capacité à faire vivre ces différentes appartenances qui peut accroître son influence.
La question n’est donc pas de choisir entre l’arabe et le français, mais de savoir pourquoi une décision administrative risque de compliquer une offensive diplomatique qui mobilise les efforts du pays.
À l’heure où la Mauritanie cherche à transformer son influence internationale en résultats concrets, ses responsables doivent mesurer la portée de leurs actes. Une circulaire ne saurait, à elle seule, faire échouer une candidature. Mais elle peut inutilement affaiblir le message qu’une diplomatie expérimentée s’emploie à défendre.
Le ministre de la Culture doit corriger ce qui peut l’être. Le rayonnement international de la Mauritanie exige que les ambitions portées à l’étranger ne soient pas fragilisées par des décisions intérieures mal calibrées.