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Une langue ne disparaît pas uniquement lorsque ses locuteurs cessent de la parler. Elle s’affaiblit également lorsqu’elle n’est plus suffisamment écrite, enseignée, documentée et adaptée aux nouveaux espaces de communication.
C’est tout l’enjeu de la troisième édition de la Journée internationale de la langue soninké (JILS), placée sous le thème : « De l’oral à l’écrit : faire du soninké une langue de production, d’apprentissage et de création au 21? siècle ».
Après les deux premières éditions, le rendez-vous entend inscrire la défense et la promotion du soninké dans une perspective davantage tournée vers l’action. L’objectif n’est plus seulement de rappeler la richesse d’un patrimoine linguistique et culturel, mais de créer les conditions de sa transmission, de sa production et de son développement dans un environnement profondément transformé par le numérique.
Le défi du passage à l’écrit
Pendant des générations, le soninké a essentiellement assuré sa transmission par l’oralité. Cette tradition a permis de préserver une mémoire collective riche, faite d’histoire, de récits, de poésie, de proverbes et de savoirs transmis de génération en génération.
Mais l’oralité seule ne peut désormais suffire.
L’accès à l’éducation, à la recherche, à l’édition et aux technologies impose aux langues un autre rapport à l’écrit. Une langue qui aspire à demeurer pleinement vivante doit pouvoir produire des ouvrages, disposer de ressources pédagogiques, développer une terminologie adaptée et permettre à ses locuteurs de lire et d’écrire avec des références communes.
Le passage de l’oral à l’écrit constitue ainsi l’un des principaux défis posés aux acteurs de la langue soninké.
Le soninké face à la révolution numérique
Le défi est également technologique.
La constitution de corpus linguistiques comprenant des textes, des lexiques et des enregistrements audio apparaît comme une étape déterminante. Ces ressources peuvent contribuer au développement d’outils numériques consacrés au soninké, notamment dans les domaines de la transcription, de la traduction automatique et de la synthèse vocale.
L’enjeu dépasse donc largement le cadre culturel.
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme les modes de production et d’accès au savoir, l’absence d’une langue dans les grandes technologies linguistiques peut progressivement renforcer sa marginalisation.
Le soninké doit ainsi pouvoir trouver sa place dans cet univers en pleine mutation.
La question de l’Universal Acceptance s’inscrit également dans cette dynamique. Elle renvoie à la capacité des systèmes numériques à prendre correctement en compte les différentes langues et leurs systèmes d’écriture dans l’environnement Internet.
Des outils pour apprendre et transmettre
La troisième édition met également en avant plusieurs initiatives destinées à renforcer l’apprentissage et la transmission.
Le manuel « Lire et écrire en soninké », destiné aux débutants, ainsi que le mini-glossaire « Les 120 mots des droits de l’enfant », illustrent cette volonté de produire des supports accessibles et adaptés aux besoins des apprenants.
La Commission Langue, Enseignement et Recherche (CLER) de l’APS constitue, dans cette perspective, un espace important de réflexion et de production. Les travaux terminologiques, les manuels pédagogiques, les cours hebdomadaires et le projet de synthèse vocale développé avec l’INALCO/ERTIM témoignent d’une volonté de structurer progressivement les ressources disponibles.
Le véritable enjeu reste cependant celui de la continuité.
La multiplication des initiatives ne produira des effets durables que si elles sont accompagnées d’un cadre cohérent, de moyens suffisants et d’une implication constante des acteurs concernés.
Le baccalauréat, un enjeu de reconnaissance
La question de l’introduction du soninké au baccalauréat constitue également un dossier important.
Au-delà de sa portée symbolique, une telle reconnaissance contribuerait à renforcer la place de la langue dans le système éducatif et à lui donner une dimension académique plus affirmée.
Le point d’étape consacré aux démarches relatives au baccalauréat devrait permettre de mesurer les avancées enregistrées et de préciser les prochaines étapes.
Car une langue enseignée sans véritable débouché institutionnel demeure fragile dans un système éducatif dominé par d’autres langues.
La jeunesse, arbitre de l’avenir linguistique
La place accordée à la jeunesse constitue un autre aspect important de cette édition.
La Grande Joute oratoire bilingue Soninké-Français, organisée autour de la question « La langue soninké disparaîtra », entend ouvrir un débat sur l’avenir de la langue et sur les responsabilités des différentes générations.
Le débat est loin d’être théorique.
L’avenir d’une langue dépend largement de sa capacité à rester attractive auprès des jeunes. Une langue qui n’est plus parlée, lue, écrite ou utilisée dans les nouveaux modes de communication par les nouvelles générations voit progressivement son espace se réduire.
Le quiz numérique prévu avec les apprenants de l’APS participe de cette même logique, en associant apprentissage linguistique et outils numériques.
Une stratégie sur plusieurs années
L’ambition affichée ne se limite pas à la seule édition 2026.
Les perspectives envisagées sur trois à cinq ans portent notamment sur la constitution d’un corpus numérique structuré, rassemblant des ressources littéraires, scientifiques et culturelles, ainsi que sur une intégration progressive du soninké dans les services numériques.
Un projet de Concours international d’écriture en soninké est également envisagé. La mise en place d’un comité de réflexion doit notamment permettre de définir les critères relatifs au jury, aux thématiques et à l’harmonisation orthographique avant un éventuel lancement.
Ces perspectives posent cependant une question centrale : celle du passage des intentions aux réalisations.
Plus qu’une célébration, un chantier
La troisième Journée internationale de la langue soninké intervient donc à un moment où les enjeux linguistiques dépassent largement la seule préservation du patrimoine.
Le soninké dispose d’une histoire, d’une mémoire, d’une importante tradition orale et d’une communauté de locuteurs répartie dans plusieurs pays. Mais, au XXI? siècle, ces acquis doivent être accompagnés d’investissements dans l’éducation, la recherche, l’édition et le numérique.
Le véritable défi consiste désormais à faire du soninké une langue capable de produire des connaissances, former des générations, nourrir la création et intégrer les technologies contemporaines.
La survie d’une langue ne se décrète pas. Elle se construit.
CSM