Copyright © 2025
![]() |
Il est des succès diplomatiques qui honorent un homme. D’autres qui rehaussent durablement l’image d’un pays.
L’élection d’Ismail Ould Cheikh Ahmed au secrétariat général de l’Organisation de la coopération islamique, le 27 août 2026 à Djeddah, appartient clairement à la seconde catégorie.
Pour la Mauritanie, l’enjeu dépasse l’accession d’un diplomate expérimenté à une fonction prestigieuse. Cette élection traduit une capacité à convaincre, à rapprocher les positions et à faire émerger un consensus autour d’une candidature nationale.
Dans un environnement international dominé par les rapports de force, le résultat est loin d’être anodin.
Une diplomatie qui change de rythme
Cette victoire s’inscrit dans une dynamique plus large de présence mauritanienne dans les institutions internationales.
L’accession de cadres mauritaniens à des responsabilités importantes, notamment au sein de grandes institutions financières et multilatérales, témoigne d’une visibilité croissante.
Mais Djeddah marque un cap particulier.
L’OCI rassemble 57 États et constitue un espace diplomatique majeur à la croisée du monde arabe, de l’Afrique et de l’espace islamique. La désignation d’un Mauritanien à sa tête représente donc une reconnaissance qui dépasse largement la dimension individuelle.
Elle confirme surtout qu’un pays de dimension modeste peut peser au-delà de son poids matériel lorsqu’il dispose d’une diplomatie crédible et d’une stratégie cohérente.
Le mérite de Mohamed Salem Ould Merzoug
Une telle réussite est d’abord celle de l’État mauritanien et de l’orientation définie par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Mais le rôle du ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, mérite d’être salué.
La diplomatie se gagne rarement sous les projecteurs. Elle repose sur les consultations, les contacts, les négociations et la capacité à créer de la confiance.
Le succès de Djeddah porte la marque de ce travail discret.
Sans attribuer à un seul responsable une victoire collective, force est de constater que, sous la conduite de Mohamed Salem Ould Merzoug, l’image internationale de la Mauritanie connaît une séquence particulièrement favorable.
Rarement le pays aura semblé rehausser aussi rapidement sa visibilité et sa crédibilité sur la scène internationale.
Cette performance donne également un relief particulier à la confiance placée en lui par le président Ghazouani. Une confiance qui trouve aujourd’hui sa meilleure justification dans les résultats.
Le défi : transformer le prestige en influence
Le succès de Djeddah ne doit cependant pas devenir une fin en soi.
Un poste international prestigieux n’a de véritable valeur stratégique que s’il contribue à défendre les intérêts du pays, à renforcer ses partenariats et à accroître sa capacité d’action sur les dossiers régionaux et internationaux.
Le capital diplomatique acquis doit donc être consolidé.
La prochaine échéance offre précisément cette possibilité.
Francophonie : un test grandeur nature
La candidature de Coumba Ba à la Francophonie constitue une bataille d’une nature différente.
L’espace francophone est plus hétérogène que celui de l’OCI. Il rassemble des pays africains, européens, nord-américains et caribéens, avec des intérêts parfois divergents.
Une candidature mauritanienne devra donc dépasser la solidarité régionale ou linguistique pour devenir une candidature capable de fédérer.
Le défi sera de construire des soutiens suffisamment larges autour d’un profil, d’une vision et d’une crédibilité.
C’est précisément là que l’expérience de Djeddah peut être utile.
Si la Mauritanie parvient à reproduire cette capacité de mobilisation dans l’espace francophone, la portée politique sera significative : il ne s’agira plus d’un succès propre à l’OCI, mais de la confirmation d’une véritable méthode diplomatique.
Après avoir convaincu dans l’espace islamique, Nouakchott doit désormais démontrer qu’elle sait également convaincre dans l’espace francophone.
Coumba Ba, la prochaine étape
La candidature de Coumba Ba prend ainsi une importance qui dépasse son seul enjeu institutionnel.
Elle constitue un test de continuité.
Une nouvelle victoire permettrait d’inscrire Djeddah dans une série cohérente et de renforcer l’idée d’une diplomatie mauritanienne devenue plus offensive, plus structurée et davantage tournée vers les résultats.
L’objectif ne devrait toutefois pas être de multiplier les postes internationaux pour eux-mêmes.
Il s’agit de construire, dans la durée, une présence mauritanienne suffisamment crédible pour que les candidatures nationales soient accueillies avec considération et puissent rassembler au-delà des appartenances régionales.
Une dynamique à poursuivre
La séquence ouverte à Djeddah offre donc à la Mauritanie une occasion rare : transformer un succès ponctuel en influence durable.
Le mérite de Mohamed Salem Ould Merzoug est d’avoir contribué à cette dynamique et d’avoir porté, avec ses équipes, la confiance présidentielle jusque dans les résultats diplomatiques.
Cette performance mérite d’être saluée et surtout encouragée.
La candidature de Coumba Ba constitue désormais le prochain rendez-vous.
Djeddah a démontré que la Mauritanie pouvait gagner. La Francophonie doit permettre de vérifier qu’elle sait désormais enchaîner les victoires.
La meilleure manière de consolider le crédit acquis ne sera pas de célébrer longtemps le succès de Djeddah, mais de préparer avec la même détermination le prochain et pour cela la Mauritanie peut compter sur les mauritaniens peuvent compter sur les talents de son ministre des Affaires étrangères.
CSM