[04/09/2026]    

IGE : 2,375 milliards de raisons de s’indigner



2,375 milliards de MRU. Un chiffre. Mais derrière ce chiffre, des vies.

Le rapport de l’Inspection générale d’État relève, sur plus de 32 milliards audités, des surfaturations, des marchés mal exécutés, des dépenses sans contrepartie, de fausses mises en concurrence, des pénalités non recouvrées.

Derrière ces mots administratifs, il y a surtout des sangsues financières accrochées aux mamelles de la République.

Pour comprendre ce que cela signifie, il suffit de regarder une journée de la Mauritanie.

Le matin, un enfant devrait prendre le chemin de l’école.

Mais certains ne prennent pas le chemin de l’école.

On les voit pousser des charrettes, fouiller les décharges, ramasser du fer et du plastique pour rapporter quelques ouguiyas à la maison.

Pendant ce temps, ailleurs, d’autres enfants montent dans des voitures climatisées pour rejoindre des écoles privées. Et pour les plus privilégiés, l’étape suivante sera l’avion vers une université étrangère.

Même pays. Même jeunesse. Mais pas la même enfance.

À l’hôpital, un père attend avec son enfant malade. Il cherche un médicament, une consultation, une solution.

Ailleurs, une famille qui en a les moyens réserve un billet d’avion et va se faire soigner à l’étranger.

Même maladie. Mais pas la même chance.

Et puis il y a ceux qui n’ont même plus l’espoir de rester.

Des jeunes prennent la mer dans des embarcations précaires, au risque de perdre leur vie dans l’Atlantique, simplement parce qu’ils ne voient plus d’avenir ici.

Certains arrivent en Europe.D’autres disparaissent dans le ventre de l’océan.

Pendant ce temps, les enfants de ceux qui ont les moyens étudient à l’étranger, se soignent à l’étranger et préparent leur avenir loin des défaillances qu’ils contribuent parfois, directement ou indirectement, à entretenir.

Voilà le contraste que les chiffres ne racontent pas.

D’un côté, ceux qui peuvent acheter une porte de sortie.
De l’autre, ceux qui n’ont même pas les moyens de pousser la porte.

Et entre les deux, il y a l’argent public.

Celui qui devrait financer l’école, la santé, les routes, l’emploi, les services essentiels.

Alors quand cet argent est surfacturé, mal dépensé ou dépensé sans contrepartie, ce n’est pas seulement le budget de l’État qui souffre. C’est l’avenir de ceux qui n’ont aucune protection.

Le rapport parle de 771 recommandations.
Très bien.
Mais après ?

Qui rendra des comptes ?
Qui rendra l’argent ?
Combien de responsabilités seront établies ?
Et surtout, combien de sangsues seront enfin décrochées des mamelles de la République ?

Car le problème de notre administration n’est pas qu’elle ne sait pas.

Elle sait.

Elle contrôle. Elle constate. Elle rédige.

Mais lorsqu’après les rapports tout recommence, le citoyen finit par se demander si les contrôles servent à corriger le système ou simplement à constater ses dérives.

L’IGE a parlé.

À l’État maintenant de répondre.
Pas par un autre discours.
Par des actes.

Parce que derrière les 2,375 milliards, il y a peut-être une école mieux équipée, un malade mieux soigné, une famille moins désespérée, un jeune qui aurait pu croire en son pays.

Et peut-être aussi une raison de moins pour un enfant de pousser une charrette au lieu d’aller à l’école, ou pour un jeune de risquer sa vie sur l’océan.

Les sangsues, elles, ont toujours une porte de sortie.

Le citoyen, lui, n’en a qu’une : que la République fonctionne enfin pour lui.

Camara Seidi Moussa

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