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À Nouakchott, il ne faut parfois que quelques minutes pour mesurer l’écart entre les principes et la réalité.
Vendredi dernier, sur l’axe de Sebkha, au niveau du carrefour dit « Robinet 10 », un simple arrêt pour faire descendre un passager — effectué avec prudence — a suffi pour déclencher l’ire d’un conducteur. Klaxon répété, invectives, ton autoritaire : il fallait dégager, coûte que coûte.
La scène aurait pu s’arrêter là, reléguée au rang des incivilités ordinaires qui rythment notre quotidien urbain. Mais quelques minutes plus tard, le même individu, sans gêne apparente, bloque lui-même la circulation devant l’hôtel Koumbi Saleh.
Contradiction ? Non. Révélation.
Car l’homme en question n’était pas un simple automobiliste. Il était agent de police, à bord d’un véhicule de service. Et dans ce basculement silencieux, tout change : la parole se retient, la contestation s’efface, l’injustice se banalise.
Ce n’est plus seulement une question de circulation. C’est une question d’exemplarité. Peut-on exiger du citoyen ce que l’on ne s’impose pas à soi-même ? Peut-on construire une culture du respect de la loi quand ceux qui en sont les garants s’en affranchissent publiquement ?
La route, en ce sens, devient un miroir fidèle de notre contrat social : fragile, parfois à sens unique, et trop souvent dévoyé.