[24/10/2026]    

Observations de Jemil Mansour sur la circulaire d'arabisation



J'ai suivi avec attention les réactions suscitées par la circulaire du Ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Porte-parole du Gouvernement Mohamed Bebana rendant obligatoire l'usage exclusif de l'arabe pour toute correspondance adressée à son cabinet.

Certaines réactions m'ont interpellé. Ce sujet, trop complexe pour être résumé en quelques lignes, mérite qu'on s'y attarde. Qu'il me soit permis de formuler six observations :

1. Un deux poids, deux mesures.* Qualifier de "monolingues" ceux qui ne parlent que l'arabe, sans jamais appliquer ce terme à ceux qui ne parlent qu'une autre langue, est révélateur. On y lit un parti pris contre l'arabe et une forme de stigmatisation de ses locuteurs.

2. Une langue officielle doit s'assumer. L'arabe est la langue officielle du pays. Il est donc naturel, légitime même, que cela se traduise par une extension de son usage dans l'enseignement et l'administration. Exiger que ceux qui ont été formés en arabe, ou qui le maîtrisent correctement, correspondent dans cette langue est une démarche normale qui mérite d'être encouragée, à condition qu'elle ne devienne pas un instrument d'exclusion.

3. Ne pas imposer l'impossible. Pour les cadres formés dans une autre langue, notamment en français - et ils sont nombreux dans ce pays -, on ne saurait exiger qu'ils travaillent dans une langue qu'ils ne maîtrisent pas. Il faut leur permettre d'exercer dans la langue où ils sont compétents, quitte à doter chaque ministère d'un service de traduction efficace pour assurer la fluidité de la communication, ascendante et descendante.

4. L'arabisation n'est pas l'exclusion. Étendre l'arabisation des cabinets ne doit jamais signifier que celui qui ne maîtrise pas l'arabe n'a plus sa place dans l'administration. Ce serait basculer dans une discrimination négative. Et si l'exclusion visant l'arabe et ses locuteurs est condamnable, celle qui viserait les non-arabophones l'est tout autant. L'exclusion, d'où qu'elle vienne et qui qu'elle vise, ne produit rien de bon.

5. La réalité mauritanienne est plurielle. Notre pays est divers. Il a une langue officielle, l'arabe, quatre langues nationales, le hassaniya, le pular, le soninké et le wolof, une langue de présence administrative, le français, et une langue de portée mondiale, l'anglais. Réussir, c'est savoir conjuguer ces dimensions, être à la fois authentique et ouvert. C'est d'ailleurs tout l'enjeu du dialogue national attendu, qui devra traiter :
- du renforcement de la place et du rôle de l'arabe ;
- du statut des autres langues nationales et de la question de leur officialisation ;
- de l'ouverture aux langues du monde.

6. L'appel à l'équilibre. Nous avons besoin de modération. Deux extrêmes nous menacent : d'un côté, une hostilité affichée envers l'arabe, assortie d'un doute sur ses capacités ; de l'autre, une attitude qui laisse croire à une volonté d'hégémonie et d'effacement de celui qui n'est pas arabe ou arabophone.

Soyons équilibrés. Il n'y aura pas de politique linguistique vertueuse sans trois piliers : la centralité de la langue arabe, le développement de nos autres langues nationales en vue de leur officialisation, et l'ouverture assumée aux langues du monde, au premier rang desquelles le français et l'anglais.

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